Résumé
La Révolution française, tout en abolissant les privilèges aristocratiques et en déclarant les droits universels de l'homme, a jeté les bases juridiques et idéologiques d'une société structurée autour du travail salarié, de la propriété privée et de la domination de classe. Ce qui a émergé dans son sillage, comme l'a diagnostiqué Karl Marx avec une clarté chirurgicale, n'était pas l'émancipation de l'homme dans sa totalité humaine, mais l'intronisation de « l'homme égoïste », dépouillé de ses liens communautaires et reconstitué en tant que sujet juridique de l'échange. Loin d'une libération égalitaire, la Révolution transfigure le pouvoir de classe en forme juridique : le droit bourgeois supplante le droit féodal, l'égalité bourgeoise se substitue au privilège nobiliaire. Mais l'exclusion a persisté, maintenant obscurcie sous le signe de l'inclusion.
Cet essai entreprend une reconstruction critique de la théorie de Marx sur l'égalité formelle et les droits libéraux, en particulier telle qu'elle est articulée dans Sur la question juive, Le Capital et la Critique du programme de Gotha. En retraçant la fonction idéologique de « l'égalité » telle qu'elle est mobilisée dans la pensée libérale, je place Marx en dialogue non seulement avec Rousseau et Locke - les architectes du discours des Lumières sur les droits - mais aussi avec Tocqueville, Rawls, Losurdo et les études marxistes contemporaines. L'argumentation se déroule en trois étapes : premièrement, elle situe la critique de Marx dans le cadre de la rupture historique de la Révolution française ; deuxièmement, elle analyse les limites idéologiques et structurelles de l'égalité libérale ; et troisièmement, elle développe la conception alternative de Marx de l'émancipation en tant qu'abolition, et non perfection, du droit bourgeois.

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© sophia nguyen 2026
